HATERZ

Vernissage: 17 novembre à partir de 18h
Exposition: 18 novembre au 02 décembre 2017


Un escalier de fer, un couloir étroit et obscur. Au fond de ce couloir, une porte entrouverte d'où nous parviennent les accords d'une musique qui en ce lieu paraît irréelle. Shake It Off de Taylor Swift sur son Bose SoundLink Mini à s’en faire péter les tympans, un hater en pyjama enfonce la touche enter de son clavier.

Figure incontournable de l’époque contemporaine, le hater, dont l’aire de prédation se limite généralement à internet, reste indéfinissable. Ce désagréable métamorphe se transforme à volonté, conduit par des pulsions irrépressibles de rejet. Impossible à catégoriser, son apparence nous échappe, comme celle de Bob Arctor. Bob alias Fred, l’inspecteur des stups parfaitement incognito sous sa combinaison de brouillage dans le film A Scanner Darkly, tirée du roman Substance Mort de Philip Kindred Dick.

Animé par une haine inconditionnelle, mais également par un désir irrésistible de partager son point de vue, le hater demeure bien souvent en souffrance. Ses conceptions, souvent minoritaires, lui procurent un profond sentiment d’isolement qui nourrit ressentiment et frustration. L’art contemporain, n’échappe évidemment pas à cette horde de « rageux ». Cible facile, bien souvent caricaturé par les médias de masse, l’art contemporain cristallise ressentiment et incompréhension.

Pour mettre en lumière ce phénomène de société, Smallville donnera la parole à ce monde obscur en matérialisant certaines idées d’œuvres d’art glanés sur des forums et autres plateformes de discussion participatives. Visant initialement à illustrer des propos pour le moins radicaux, ces messages, allant parfois jusqu’au révisionnisme, sont souvent et à l’insu de leur propriétaire porteurs d’une créativité débridée.

Comme dans une délicate étape d’un mystérieux procédé alchimique, l’exposition HATERZ se risque à une tentative de sublimation. En inversant les polarités dans le creuset, le corpus d’œuvres présenté est construit et alimenté essentiellement par un processus conceptuel délibérément considéré comme inexistant ou négligeable.

De la profondeur la plus noire, l’écriture s’envole, le verbe s’incarne. Sans s’en douter, le hater devient ainsi créateur et par la même occasion artiste.

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A metal staircase. A dark, narrow corridor. At the end of the hall, drifting out from a half-open doorway, the sound of music that feels unreal in these surroundings. Blasting Taylor Swift’s “Shake It Off” from a pair of Bose SoundLink Mini speakers, a hater in pajamas presses enter on his keyboard.

The hater, whose hunting grounds are usually limited to the internet, is a key figure of the contemporary era that remains impossible to define. This unpleasant chameleon transforms himself at will, driven by irrepressible urges to reject the world around him. He defies all categorization, his appearance forever escaping us like Bob Arctor’s, a.k.a. Fred, the detective from Philip Kindred Dick’s novel A Scanner Darkly, who manages to stay perfectly unrecognizable in his scramble suit.

Stirred by unconditional hatred, but also by an irresistible desire to share his point of view, the hater frequently finds himself in a state of distress. His opinions, often in the minority, make him feel deeply isolated, resentful, and frustrated. Contemporary art, of course, is not spared this horde’s zeal. An easy target, often mocked by mass media, it serves as a perfect focal point for resentment and incomprehension.

To bring this social phenomenon to light, Smallville will give voice to the obscure world it inhabits by realizing certain ideas for works of art gathered on forums and other discussion platforms. Though initially written to illustrate statements that are radical, to say the least, these posts, sometimes revisionistic in their content, are often and unbeknownst to their authors vessels of unbridled creativity.

As if taking a delicate step in a mysterious alchemical undertaking, the HATERZ exhibition will risk an attempt at sublimation. Inverting the crucible’s polarities, the body of work presented will essentially be built and supplied by conceptual processes deliberately chosen because they are nonexistent or negligible.

From the world’s darkest depths, words will fly and the verb will be made flesh. Without even suspecting it, the hater will become a creator and an artist all at once.


Traduction: Jeremy Cohen