Dick Phone, 16 x 20 inches, oil on canvas, 2016


Keith Boadwee & Club Paint

Vernissage: vendredi 7 juin à 18h30
Exposition: jusqu'au 29 juin 2019


Avec le lancement de la publication «Keith Boadwee - Selections from the Club Paint Pictures» co-éditée avec Hacienda Books



Le son grinçant du caoutchouc sur du béton ciré sort Feti de ses infinies digressions. Le curateur suit machinalement les chenilles du robot jusqu’à la salle où sont stockées les œuvres cataloguées sous l’appellation peinture provocatrice du XXIe siècle. À l’entrée de la section consacrée au courant des nouveaux rebelles, le bras multifonctions de l’assistant technique ouvre en deux ou trois mouvements, d’une précision surhumaine, une caisse en bois de sequoia géant qui se situe à coté des caissons où sont entreposés les œuvres majeures de Soufiane Ababri et Andrej Jubravsky. En un clin d’œil, des bras métalliques articulés, capables de broyer les phalanges de n’importe quel culturiste, disposent sur le sol une vingtaine de toiles de formats différents de l’artiste américain Keith Boadwee, comme s’il s’agissait de frisbees.

Né en 1961 près d’une base aéronaval de US Navy, à Meridian dans le Mississipi, la notoriété de Keith Boadwee émergea avec ses travaux photographiques « homoérotique ». Considéré comme un maître de l’art transgressif, capable de faire jaillir de la peinture de son anus bien avant tout le monde et bien que fasciné par les résidus de la digestion et plus largement par une sexualité pour le moins débridée, il démontra dans sa pratique picturale au geste rapide et affirmé proche de la virtuosité, une spontanéité enfantine presque émouvante.

Le choix de Feti se fait rapidement. Il opte pour finaliser la salle annexe avec une toile remarquable de format moyen. On y voit un cyprin doré, étincelant, évoluant dans un type d’aquarium depuis longtemps interdit et s’abreuvant goulûment d’une urine projetée gaiement par un pénis circoncis.

D’après un certain nombre de spécialistes, le tableau au fond bleu n’est pas issu de la production personnelle de l’artiste, mais porte la facture d’un des disciples du groupe mythique de peintres figuratifs, CLUB PAINT . Plusieurs historiens de l’art se cassent encore la tête et se disputent entre eux pour prouver que la toile a été réalisée par un étudiant du California College of the Arts de Oakland ou du San Francisco Art Institute.

Pour le curateur Ben Salem, cela a peu d’importance. Ça suffira amplement pour faire jazzer, même aujourd’hui. Il voit déjà les vautours de la ligue des néo-antispécistes, puissants lobbyistes de l’Union, excédés, grimper au rideau.

C’est le grand jour, la pluie acide fera probablement place aux aurores boréales. Le Brawndo va couler à flot. Le vernissage tant attendu, sujet de toutes les conversations et qui marquera les esprits aura lieu ce soir. Les éternels discours officiels mous et pompeux commenceront aux alentours de 18h30. La présence de beau monde est prévue. L’immortel Ragnar Kjartansson, l’arrière petit fils de l’artiste zurichois Fabian Marti, les nombreux successeurs et héritiers du sculpteur Dafino, les restes cryogénisés de l’acteur Ryan Gosling, Lord Runing Clam le fongus intelligent de Ganymède et surtout les petites fesses rebondies de Klaus sont notamment attendus en début de soirée dans la salle du buffet aux décorations en stuc de la Pinacoteca.

The squeak of rubber on waxed concrete tears Feti away from his endless digressions. The curator mechanically follows the robot’s caterpillar tracks to a room where works are stored under the designation provocative twenty-first century painting. At the entry to the section on the new rebels movement, a box made of giant sequoia wood located next to crates containing the major works of Soufiane Ababri and Andrej Jubravsky is opened by the technical assistant’s multifunctional arm with a few gestures of superhuman precision. In the blink of an eye, its articulated metallic arms, capable of crushing a bodybuilder’s phalanxes with ease, spread twenty or so paintings in various formats by American artist Keith Boadwee out on the ground like frisbees.

Born in 1961 near a US Navy base in Meridian, Mississippi, Keith Boadwee’s fame began with his “homoerotic” photography work. Considered a master of transgressive art, capable of spraying paint out of his anus far before anyone else and, though fascinated by digestive residue and more largely by wild (to say the least) sexuality, his pictorial work displays fast, confident, nearly virtuosic gestures, with an almost moving, childlike spontaneity.

Feti makes his choice quickly. He opts for completing the annex room with a remarkable medium-format painting. It contains a golden, shimmering cyprinid, swimming through the kind of aquarium that has long been illegal and greedily drinking urine that’s happily being projected from a circumcised penis.

For a certain number of specialists, this painting with a blue background is not part of the artist’s personal production but displays the hallmarks of disciples of the legendary group of figurative painters known as CLUB PAINT . A number of art historians are still racking their brains and arguing to this day to prove that the painting was created by a student of the California College of the Arts in Oakland or the San Francisco Art Institute. This is of little importance to the curator Ben Salem. It’ll do plenty well to get people talking, even today. He can already see the vultures of the neo-anti-speciesist league, powerful lobbyists within the Union, throw an exasperated fit over it.

It’s the big day, and the acid rain will likely soon give way to the aurora borealis. Brawndo will flow. The much-anticipated opening, which will make a big impression and dominate conversations, takes place tonight. The endless limp and pompous official speeches will begin around 6:30pm. The presence of high society types is expected. In particular, the immortal Ragnar Kjartansson, the great grandson of Zurich artist Fabian Marti, the many successors and heirs of the sculptor Dafino, the cryogen-frozen remains of actor Ryan Gosling, Ganymede’s smart fungus Lord Runing Clam, and most of all Klaus’ nice round butt cheeks are all awaited at the start of the evening in the Pinacoteca’s stucco-decorated buffet hall.

Trad: Jeremy Cohen