Smallville

Une exposition de Sophie Yerly

Vernissage: Vendredi 14 septembre 2018 à 18h
Exposition: Du 15 septembre au 6 octobre 2018


Piqué par une mouche imaginaire, cet abruti de Ciel d'orage se lance dans une course folle. Cet animal gagnerait haut la main le prix du cheval le plus stupide du comté Yoknapatawpha, si la ville de Jefferson en décernerait un.

Les yeux écarquillés, l'écume blanche nauséabonde virevoltant en tout sens, la bête semble littéralement en lévitation au dessus des galets bordant la Tallahatchie River. L'impression de vitesse est fulgurante. Encore plus impressionnante que les sensations ressenties au dessus des champs de maïs français lors de mes duels aériens contre ces diables de Fritz.
Transformé comme par magie en une statue de marbre, Ciel d'orage s'arrête net. Comme saisit par une soudaine révélation, il se fige ; transformant ma vieille selle tannée en un redoutable siège éjectable. Le bourbon et la nuit blanche amortissent passablement la lourde chute. Encore embrumé par la bouteille de Cody Road et vraisemblablement brisé en mille morceaux, je perçois cependant assez nettement que la carrière équestre du grand Faulkner touche à sa fin.

Comme toujours, au commencement, il y a une exposition et ses conséquences. Dans une installation couplée à un geste conceptuel, Sophie Yerly invite Michael Weiss à intégrer de façon permanente le comité de Smallville.

Qui est Michael Weiss, d’où vient il et que fait-il n’a que peu d’importance. D’ailleurs, l’absence de sources, d’une bibliographie et d’un index développés pour son travail laisse la biographie et l’existence de Michael Weiss dans un flottement qu’il semble cultiver. Une indécision entre le vrai, le vraisemblable, le possible, l’invérifiable. Personnage discret, il a accepté de faire partie de l’équipe de Smallville, considérant toutefois sa présence comme immatérielle, à l’instar d’une image arrêtée.

Il faut prendre en considération qu’il s’agisse là d’un acte purement anthropophage. Ou plus simplement que quelque chose vous transforme en mouche imaginaire, responsable de la furie de cet abruti de Ciel d’orage. Mais ce n’est pas la question. La question est la présence de Michael Weiss, son entrée dans le groupe, l’existence des autres membres de Smallville, le futur des images et celui de Michael Weiss.

Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé serait évidemment pure coïncidence.

Stormy Skies starts running like crazy, the idiot, like he’s been bitten by an imaginary fly. He would easily win the prize for dumbest horse in Yoknapatawpha county if only the city of Jefferson would give one away.

Eyes wide open, putrid white froth flying in every direction, the beast seems to be levitating, literally, above the pebbles that line the Tallahatchie River. He gives off an impression of blinding speed. Even more impressive than the way I felt flying above the French corn fields during my aerial duals against those devilish Fritzes.

Then, as if transformed by magic into a marble statue, Stormy Skies stops short. He freezes, like he’s been seized by a sudden revelation, transforming my old tanned leather saddle into a formidable ejectable seat. The bourbon, coupled with my sleepless night, mildly soften the blow of the fall. Though I’m still hazy from the bottle of Cody Road and in all likelihood broken into a thousand pieces, I can still understand fairly clearly that the great Faulkner’s riding career is coming to an end.

As always, in the beginning, there is an exhibition and its consequences. In an installation combined with a conceptual gesture, Sophie Yearly has invited Michael Weiss to become a permanent member of the Smallville committee. Who Michael Weiss is, where he comes from and what he does are of little importance. In fact, the absence of sources, bibliographies, and indexes related to his work leave Michael Weiss’ biography and existence in an uncertainty that he himself seems to cultivate. A state of opacity between truth, likelihood, possibility, and the unverifiable. As a discreet character, he has accepted to be a part of the Smallville team, all while considering his presence there to be immaterial, like a frozen image.

It must be taken into account that what has happened here is purely an act of cannibalism. Or, more simply, that something has the potential to turn you into an imaginary fly, responsible for Stormy Skies’ idiotic fury. But this is not the question. The question is Michael Weiss’ presence, his entry into the group, the existence of the other members of Smallville, the future of images, and that of Michael Weiss.

Any resemblance to past or existing situations would obviously be a result of pure coincidence.

Trad: Jeremy Cohen